21.06.2010
CROMLEC'H
Le temps est au pique-nique.
Direction : côte sud, le jeune chiot lové dans un cageot sur le porte-bagages. Toute la famille pédale avec allégresse vers cette anfractuosité monumentale, surprenante, aux arches hardies, la vallée des voleurs,« Stang Laedroun ».
A l'abri de tous les vents, sauf de sud-est, cette crique minuscule mérite son impasse, tout au bout d'un chemin qui serpente entre des fougères géantes, loin des routes envahies par les chinchards d'un jour.
Plaisirs simples de glissades à pic, à peine amorties par des épaisseurs de papier journal qui éliment l'herbe tendre. Le chien participe avec frénésie à ce jeu de toboggan naturel à la grande joie des enfants.
Bain frais, très frais, le Fromveur est proche...
Les serviettes de bain, tiédies par le soleil, apportent réconfort et... découverte du chiot devant le panier de victuailles, l'œil gourmand et les dents acérées. Négligeant tomates, œufs durs, fromages et autres ingrédients, il commençait à lacérer le torchon, heureusement bien épais, un vrai torchon de grand-mère, qui protégeait nos tranches de gigot !
Ce délice, reste du festin du dimanche, avec pain beurre, chips et mayonnaise, fut dévoré sous le regard concupiscent de notre jeune compagnon.
Epuisée par tous ces exercices, la famille s'assoupit, à l'ombre des fougères. Même le petit ogre, malgré tout rassasié, sommeille en rond contre son maître.
Ouf ! « maman » est en vacances pour une petite heure.
Toute proche, la pointe de Penn ar Land. Une trêve.
La magie de ce tapis d'août, aux ajoncs d'or et de bruyères incroyablement vives, décevantes à la cueillette car déjà légèrement rouillées. Mais les quelques brins intacts, piqués dans une pomme de terre du jardin, illumineront de leur intensité violette un coin de la maison jusqu'à Noël.
La croix de Saint Paul,
et surtout, perdu dans la lande, le cercle magique manifeste sa présence, tel un aimant. A peine visible en cette saison il reste immuable.
Cette citadelle de silence est ma réserve sacrée, la cellule de mon âme, où je communique, sans commencement ni fin avec le temps et le ciel. Seule au centre de ce cromlec'h ébréché, je puise les forces d'un nouvel équilibre, l'espace d'un mystère.
Etourdie par l'intensité de cette énergie retrouvée, je prends le loisir de me laisser subjuguer par la splendide vue de l'archipel qui nous mène à pas de géant sur le continent proche, mais si lointain.
Pleine de cette vigueur nouvelle, je retrouve mari, enfants et... chien.
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04.06.2010
Clin d'oeil informatique
Un brin d'humour et de poésie dans ce monde un peu hermétique...
22:44 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22.05.2010
GRANDE MAREE
Le soleil et la lune ont eu si soif qu'ils ont bu la mer au goulot. Elle s'est retirée très loin pour une brève retraite, le temps de réaliser son âme. Elle découvre ses dessous aux rondeurs caillouteuses, chevelues : longues mèches brunes, plates et ondulées, frisures auburn, brosses vertes... Sa flore sauvage s'offre, accessible.
L'ombre va peu à peu enfouir à nouveau ces trésors sous les multiples voiles qu'apporte la mer qui revient, frissonnante.
Dans notre abri de canots, la cale émerge, nue sous ses mousses, hautaine au-dessus des flots. Quelques bulles perlent à la surface. Une forme noire les suit et surgit de temps à autre, un éclat de satisfaction sur une face blanche.
Elle s'humanise enfin, malgré ses pieds palmés et son hublot, un sac lesté de coquillages alourdissant sa démarche plombée.
Ce monstre marin mue sa carapace en dépouille d'homme. Son œil sourit, éclate de parcelles de lumière douce, humant par anticipation les plaisirs de cette chair marine : celle de l'ormeau.
Avant de se lancer dans la préparation de ce mets délicat, un verre de Muscadet sur lie redonne force et humour. Cet animal des mers ne s'attendrit pas devant un simple regard de désir. Seul son muscle plat est comestible, bien trop ferme au naturel. Sa tendreté sera acquise avec la force et la douceur d'un maillet de bois, force atténuée par quelques épaisseurs de torchon et douceur nécessaire pour éviter les déchirures.
La coquille d'aspect rugueux, presque granitique, n'est que préciosité nacrée dans son intimité . Les vrais fumeurs ne l'utilisent jamais en cendrier, ses perforations sont traîtresses.
Il se cuit presque comme un steak : saisi, poêlé dans du beurre, avec ail et persil puis achevé à petit feu selon son épaisseur.
Bien d'autres recettes sont imaginables, telle le carpaccio, fines lamelles marinées dans huile d'olive et citron.
Un vrai délice...
22:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








